Schrebergarten – Extrait n°3

Lulu est morte – 3 (Wladimir Kaminer “Mein Leben im Schrebergarten”)

Le cochon d’Inde est d’un côté extrêmement fragile, et d’un autre côté curieux. Ce mélange explosif fait que les cochons d’Inde vont de pair avec la mort. Les grands-pères sont – en règle générale –  vieux, et ils ont vu du pays quand ils meurent. Les cochons d’Inde, par contre, meurent souvent jeunes et inexpérimentés – comme des Rockstars. Ils n’aiment de plus que de grignoter des câbles électriques ; ils ont le talent à se rendre aux endroits dont il n’existe aucun retour. Je connaissais des cochons d’Inde qui s’étaient endormis dans un four de micro-ondes et des cochons d’Inde qui avaient réussi à mettre leur nez dans un déchiqueteur. Je me souviens, en outre, d’une famille de cochons d’Inde qui fut, telle une petite paillote sur le balcon, touchée par une pièce d’artifice lors de la grande fête de Nouvel an. Bagdad n’était rien comparé à cela.

En règle général, l’enfant enregistre la perte du cochon d’Inde beaucoup plus tragiquement que la perte du grand-père, parce que des cochons d’Indes sont plus chou, et à tous points de vue, plus à plaindre. Mais cela ne vaut que pour leur propre animal. Quand les enfants racontent leur perte douloureuse aux amis du même âge, ceux-ci, sans-cœur, se moquent seulement d’eux.

« Maman est dans la cuisine et ne dit rien. Papa regarde à travers de la fenêtre et ne dit rien. Je pensais que Lulu dormait, mais elle ne dormait pas. »

Pendant toute une journée, la fille de madame Beere racontait la mort de son cochon d’Inde et tapait sur les nerfs de tout le monde.

« Quel âge avait-il ? Avait-il une inflammation du cérumen ? Demande à ta mère, elle t’achètera sûrement un nouveau. », ricanaient les autres enfants dans la colonie des jardins ouvriers, faisant encore plus pleurer la fille de madame Beere.

Des enfants sont apparemment incapables d’avoir pitié. Moi, par contre, j’écoutais l’histoire de Lulu dans ses moindres détails, plusieurs fois de suite, sans ricaner une seule fois, et je présentais même, demi-sincèrement, mes condoléances. Lulu avait eu trois ans. En jouant, elle avait avalé de travers un petit homme Playmobil. Je n’avais pas bien connu Lulu, et ne l’avais vu qu’une fois dans le jardin de madame Beere. La fille de madame Beere y avait ramené son cochon d’Inde de temps en temps. A l’époque, Lulu avait l’air complètement surmené. Elle se réjouissait probablement de l’air frais, mais ne savait absolument pas quoi faire avec cette soudaine liberté. Un cochon d’Inde n’avait pas de mission et pas de place dans le cycle de la vie d’un jardin ouvrier, ainsi que dans la chaîne alimentaire naturelle. Personne n’en avait besoin – seulement l’enfant. Lulu tournait allègrement et sans raison sur le terrain, et – tellement gagnée par l’enthousiasme de la réussite de sa vie – elle chiait sans arrêt.

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